Real Faces, que jeunesse se tasse
Drôle d’impression que nous laisse ce Real Faces, un premier long-métrage venu d’outre-Quiévrain, dont on sort plutôt circonspect… tout en croyant savoir où la réalisatrice voulait en venir. Il faut dire que la cinéaste Leni Huyghe ne manque pas d’ambition, et décide de se frotter, sans se démonter, à plusieurs Grands Sujets en parallèle : la froide inhospitalité de nos grandes métropoles qui étrécit tant de nos rapports sociaux ; les phénomènes de domination voire de prédation existant dans le monde du travail, celui de la culture en tête ; et même, soyons fous, cette chimérique quête que l’on mène pour se découvrir soi-même, quand ce n’est pas l’Autre dans toute sa complexité…
Tant d’ambition est louable, seulement voilà : celle-ci trouve vite ses limites quand vient à manquer ce qui ferait léviter, sinon décoller, le film. Le souffle, si l’on veut – sauf qu’ici ledit souffle est un peu court, et l’on sent Real Faces panteler pour aller jusqu’au bout de ses idées et ses 90 minutes de métrage. Les prestations des jeunes interprètes souffre de la même méprise, tant Leonie Buysse (en jeune assistante de production taciturne) et Gorges Ocloo (en lichénologue – on apprend au passage l’existence de ce métier ! – tout aussi taiseux) semblent confondre intensité et affectation, retenue et mines de chiens battus. Real Faces tient donc du rendez-vous manqué mais aussi, peut-être, de la partie remise – et l’on ne serait pas étonné que le prochain film de Leni Huyghe réussisse là où son premier a partiellement échoué.
Real Faces, Leni Huyghe, 2026. Avec : Leonie Buysse, Gorges Ocloo, Yoann Blanc, Karlijn Sileghem, Warda Rammach.
