Mutiny, des gars des eaux



Arrêtez-nous si vous l’avez déjà entendue, celle-ci : un type lambda – ou presque, puisqu’il est plus malin et plus musclé que la moyenne – est accusé d’un crime qu’il n’a (évidemment) pas commis, et entend rendre la justice, ou plutôt la vengeance, par lui-même. Lancé à la poursuite d’euro-crapules, il aura pour terrain de jeu un large bâtiment (en l’occurrence un porte-conteneurs) et pour toute aide une partenaire féminine qui n’a pas froid aux yeux.

Vous l’aurez compris : c’est tout un art du cinéma franchement vintage, pour ne pas dire largement ringard, que ce Mutiny ressuscite. Plus spécifiquement le film d’action « façon Die Hard » qui compte quelques réussites éclatantes (Piège de cristal et sa deuxième suite Une journée en enfer, le premier Speed) et des tombereaux de nanars (Piège en haute mer, Piège à grande vitesse, Piège en eaux troubles, Passager 57, etc.), oubliés de tous si ce n’est quelques nostalgiques de l’âge d’or des Vidéo Futur. Le réalisateur Jean-François Richet et le scénariste J. P. Davis sont même en train de se spécialiser dans ce genre de spectacles à l’ancienne et régressifs : avant Jason Statham dans un bateau, on leur devait déjà Mayday, alias Gégé Butler dans un avion. Quelle sera la prochaine étape ? Michael Dudikoff dans une Subaru de location ?

Containers de la guerre 

Qu’il semble loin le temps – celui du diptyque Mesrine, ses meilleurs films à ce jour – où l’on se prenait à rêver de Richet comme d’un néo-Yves Boisset, capable de mêler sujets politiques et action nerveuse. Las : depuis une décennie, le cinéaste déroule une carrière binaire, qui alterne objets fleurant bon le patrimoine français (remake d’un film de Claude Berri, biopic d’Eugène-François Vidocq, en attendant une énième adaptation de Notre-Dame de Paris pour Netflix) et séries B anglophones pour acteurs légèrement décatis. Dans Mutiny, sa mise en scène semble purement fonctionnelle, sans génie mais efficace lorsque Richet s’amuse à cartographier ce navire XXL : ici, une assourdissante salle des machines ; là, un fragile empilement de containers, sorte de gigantesque château de cartes ; là encore, un pont qui sert de décor idéal au duel à mains nues et aux affrontements au couteau, encore et en gore...

Reste Jason Statham, roi presque par défaut de ce genre tombé en désuétude, et moins unidimensionnel qu’on ne veut souvent le croire. En fait, Statham marche tel un équilibriste sur la corde raide entre les deux tendances habituelles du film d’action : la bravade propre aux cow-boys yankees d’une part, l’understatement typiquement britannique d’autre part. Les rodomontades d’un côté, le sous-jeu de l’autre. Comme un chaînon manquant entre l’élégance ironique d’un Sean Connery – le temps d’une scène avec un harpon, on songe même à Opération Tonnerre – et le charme marmoréen d’un Clint Eastwood. Si Mutiny évite le naufrage, c’est bien grâce à cet acteur-athlète, capable de réveiller, même par intermittence, les films les plus... bateaux.

Mutiny, Jean-François Richet, 2026. Avec : Jason Statham, Annabelle Wallis, Roland Møller, Adrian Lester.

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