The Choral, à chœur vaillant...
Ah, l'Angleterre éternelle ! Ses verts pâturages, ses anglicans clochers, ses... bucoliques chorales ? Le récit de The Choral, si beau et si édifiant qu'on le croirait « tiré d'une histoire vraie », est celui d'un village (fictif), dont les habitants n'aiment rien d'autre que pousser – avec les moyens du bord – la chansonnette. Problème : nous sommes alors en l'an de grâce 1916, et ce chœur plein de souffle doit changer son fusil d'épaule lorsque les airs des fort teutoniques Bach et Händel qu'elle chantait habituellement sont déclarés contraires à l'intérêt national...
Armé de cet argument entraînant, Nicholas Hytner ne va pourtant pas très loin, et a du mal à vraiment saisir son sujet : The Choral est-il le portrait élégiaque de la jeune génération qui servira de chair à canon au sein de cette Grande Guerre – ou, à peine plus souhaitable, de chair à usine, et à fabriquer tout ce qui servira à leurs compères au front ? Ou plutôt un témoignage sur les farouches femmes qui peuplent ce village, forcément regardées de travers dès qu'elles entendent vivre comme bon leur semble ? Ou peut-être encore un panégyrique tout entier dédié à ce personnage, tellement en avance sur son temps qu'il en devient hors-sol, ce chef d'orchestre germanophile, athée et – on le lit entre les lignes – homosexuel campé par Ralph Fiennes ? On sent le cinéaste tenté de nous répondre « tout cela à la fois » à la fois, sans que jamais vraiment le film ne parvienne à s'imposer comme une œuvre vraiment... chorale. N'est pas Robert Altman qui veut, en effet, et jeter à la volée une poignée de fils narratifs en espérant qu'ils se démêleront d'eux-mêmes peut vite s'avérer risqué.
Reste ce qui appartient à un certain cinéma britannique pastoral et sans âge, et qui fonctionne encore ici : le soin apporté aux décors et aux costumes et, surtout, le défilé de vieilles ganaches : outre le susnommé Ralph Fiennes, succulent en dandy pince-sans-rire, citons Mark Addy (The Full Monty), Roger Allam (Tamara Drewe) et le grand Simon Russell Beale, qui décroche le pompon en compositeur qui trouve naturel d'aller piocher chez les grands artistes qui l'ont précédé mais beaucoup moins qu'on vienne le plagier, lui. Ce défilé d'affables cacochymes donne un peu de volume à un film qui peine par ailleurs à trouver sa voix.
The Choral, Nicholas Hytner, 2026. Avec : Ralph Fiennes, Roger Allam, Mark Addy, Alun Armstrong.
