The Criminals, braqueurs gros comme ça

 


David Mackenzie est, à l’instar d’un Steven Soderbergh ou d’un Michael Winterbottom, de ces cinéastes-baroudeurs, que l’on peut s’étonner de retrouver sur des films que presque rien ne relie. Parce qu’il tourne vite et pas toujours bien, on pourrait même penser que Mackenzie n’est qu’un yes man poli, faiseur sans supplément d’âme qui accepte sans barguiner les grosses machines netflixiennes aussi bien que les drames plus resserrés. Ce serait pourtant oublier que des marottes, des leitmotive ressurgissent chez lui d’un long-métrage à l’autre. Témoin ce The Criminals – titre « français » hélas banalissime derrière se cache l’un peu plus engageant Fuze –, que l’on peut même considérer comme le troisième volet d’une trilogie (informelle) criminelle entamée avec Comancheria (2016) et poursuivie avec L'Intermédiaire (2024).

Ces trois opus ont en effet pour point commun d’avoir pour personnages principaux des bandits au plus ou moins grand cœur. Pas exactement des tueurs sanguinaires, plutôt des types lambda poussés petit à petit dans les bras de la criminalité – ici, un braquage capillotracté impliquant une bombe héritée de la Seconde Guerre mondiale – et mus comme beaucoup par l’appât du gain. En tout cas des vrais personnages de cinéma, solidement dessinés et incarnés, que le cinéaste regarde dans le blanc des yeux et qu’il se refuse à prendre de haut. Sans doute faut-il bien ça pour donner vie à ce qui constitue par ailleurs la petite musique habituelle du film de casse : des trahisons et duperies prévisibles dans leur imprévisibilité, des faux-semblants à la pelle, des méchants tombant sur plus méchants qu’eux, eux-mêmes tombant sur plus méchants qu’eux, etc.

Non moins appréciable : la mise en scène, minutieuse et patiente, de Mackenzie, qui colle aux basques de ses voleurs précis et de ses flics tatillons – en cela plus proche du chirurgical Inside Man de Spike Lee que des rodomontades de la saga Insaisissables. Sans lâcher le volant, le réalisateur passe de la vibrionnante Londres aux cafés stambouliotes, et égrène ses rebondissements avec un savoir-faire certain jusqu’à son générique final – ponctué par l’impeccable Police and Thieves des Clash. Bref, une réussite notable, à défaut d’être vraiment originale : les faux diamants sont parfois ceux qui brillent le plus.

The Criminals (Fuze), David Mackenzie, 2025. Avec : Aaron Taylor-Johnson, Theo James, Gugu Mbatha-Raw, Sam Worthington, Saffron Hocking. 

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