Obsession : faites vos vœux, rien ne va plus
Le futur de l’horreur est-il déjà sur YouTube ? La question se pose, alors que les deux dernières incursions horrifiques à avoir pris d’assaut le box-office américain, Backrooms et Obsession, ont respectivement été signés par Kane Parsons (21 berges) et Curry Barker (26 printemps), qui ont tous deux fait leurs armes visuelles sur la plateforme vidéo de Google. Cette nouvelle garde, salutaire au sein d’une industrie qui ressemble désormais à s’y méprendre à une immense photocopieuse, traduit surtout le caractère cyclique du cinéma grand public hollywoodien : à chaque décennie ou presque, ne serait-ce que pour assurer leur propre survie, les studios vont chercher leurs nouvelles recrues dans un secteur où ils ont déjà fait leurs preuves : le cinéma indépendant, la publicité, le clip… De leur côté, les jeunes pousses sont souvent tentées de rejoindre les bataillons du cinéma de studio pour trouver ce qu’Indiana Jones cherchait dans ses quêtes mythiques : la fortune et la gloire. Le revers à cette médaille, bien sûr, c’est qu’après le carton de par Backrooms et Obsession, il faudra s’attendre, dans les années à venir, à voir les studios hollywoodiens scroller sur YouTube ou Reddit à la recherche de nouvelles tendances, pour en faire des films à n’en pas douter médiocres – ce qu’Obsession n’est pas.
Ce qui étonne, en revanche, c’est que le film connaisse un tel succès alors qu’il n’a rien d’un objet cochant les cases du film d’horreur contemporain. On pense même davantage à un mélange entre Gremlins (pour son côté conte macabre, qui débute là encore au sein d’une étrange boutique) et l’horreur domestique lo-fi d’un Polanski période Répulsion. Car, chez Curry Barker, nulle tentative d’« élever » son film avec un message pseudo-intellectuel comme dans la plupart des productions A24 ou leurs suivants – une tendance si exsangue que même les créateurs de Scary Movie n’arrivent plus à le tourner en dérision. Nulle volonté, non plus, de choquer à peu de frais le petit-bourgeois ou le petit-prolétaire à coup de jump scares et de retournements de situations bidons. Barker, lui, est plutôt du genre à installer une ambiance minimaliste (quatre personnages principaux, et pas beaucoup plus de décors) et anxiogène avant de lâcher les chevaux et de faire mal tourner toutes les situations qui peuvent l’être.
S’il fallait d’ailleurs trouver une parenté au jeune cinéaste, on en ferait moins un cousin de Jordan Peele ou de Robert Eggers qu’un petit-fils de Rod Serling, le génial créateur de la série La Quatrième Dimension. Comme dans certains des meilleurs épisodes de cette série, l’idée qui sous-tend Obsession pourrait être cette vieille maxime selon laquelle il faut se méfier de ce que l’on souhaite très fort, au risque de le voir advenir. (« Be careful what you wish for, you might get it. ») Et, comme chez Serling, le refus apparent du film de faire passer un quelconque message ronflant fait qu’il prête le flanc à bien des lectures et des exégèses – celle, par exemple, d’un film sur l’« hétéropessimisme ». Obsession, révolution ? Probablement pas, mais le haut du panier du rayon horreur en 2026, et surtout la révélation d’une actrice dont on espère parler encore longtemps : Inde Navarrette. Reste maintenant à savoir si – ou plutôt combien de temps – Curry Barker saura résister aux chants des sirènes hollywoodiennes qui savent, elles aussi, être obsédantes.
Obsession, Curry Barker, 2026. Avec : Michael Johnston, Inde Navarrette, Cooper Tomlinson, Megan Lawless, Andy Richter.
