L'âge d'or, reconstituer n'est pas jouer
Pour son premier long-métrage, le cinéaste Bérenger Thouin n’a pas choisi la facilité : un long-métrage largement composé d’archives documentaires, puisées dans le monumental fonds des bandes d’actualité Gaumont-Pathé. De quoi s’agit-il exactement ? Pas d’un long corpus d’images exhumées pour les monter ensemble et leur donner une logique a posteriori – ce qu’avait par exemple fait Arnaud Des Pallières avec son foisonnant Journal d’Amérique – ni d’un film où des scènes fraîchement tournées dialoguent avec des bobines en noir et blanc, comme l’avait fait Alain Resnais dans le fameux Mon oncle d’Amérique. Le procédé utilisé par Thouin est plus ambitieux et audacieux : opérer une fusion entre les images d’hier et d’aujourd’hui, jusqu’à tenter de rendre les unes indiscernables des autres, par le jeu du montage et de l’éclairage.
Pourtant, pour intrigant qu’il soit, ce procédé ne convainc jamais tout à fait. Déjà parce que la couture faite entre les images anciennes et récentes est trop visible, trop criante pour que l’on croit vraiment que des beaux jeunes gens de nos années 20 – Souheila Yacoub et Vassili Schneider – aient été parachutés dans les années 20 du siècle dernier. Encore moins convaincantes sont ces images d’archives peuplées de gens à qui l’on essaye, par le biais de la post-synchronisation, de faire dire des dialogues sans rapport aucun avec le mouvement de leurs lèvres – pour un résultat étrangement proche de ces vidéos où Patrick Bouchitey redoublait des documentaires animaliers pour faire parler les animaux de la jungle comme des marlous audiardiens.
Si l’on enlève à L’âge d’or ce qui n’est trop souvent qu’un gimmick formel un peu gratuit, que lui reste-t-il ? Pas mal de choses, en fin de compte. En premier lieu, le récit à la Balzac d’une fille de boucher (Souheila Yacoub, donc, qui campe le personnage principal de son adolescence jusqu’à ses vieux jours) qui, par un mélange d’opportunisme et de bonne fortune, parvient à rejoindre les rangs de l’aristocratie et à régner d’une main de fer sur la classe paysanne locale dont elle est issue. Habileté, aussi, de Bérenger Thouin, qui parvient à embrasser sans trop s’étendre — le film dure moins de deux heures —, mais avec minutie, la première moitié du XXe siècle français. Il en restitue aussi bien les événements les plus marquants et, oserait-on dire, les plus tendance (la compromission d’une partie de la bourgeoisie française avec le régime de Vichy) que d’autres, souvent délaissés par les livres d’histoire, comme la crue de la Seine de 1910 ou les mouvements anarchistes du début du siècle. Le tout nimbé dans des remarquables compositions musicales, électroniques et hypnotiques, composées par Enrico Ascoli et Céleste Thouin, le propre frère du réalisateur. Une autre façon, plus faconde celle-ci, de faire dialoguer passé et présent.
L'âge d'or, Bérenger Thouin, 2026. Avec : Souheila Yacoub, Vassili Schneider, Yile Yara Vianello, Pierre-Antoine Billon.
