One to One : John & Yoko, épique époque

 

Inépuisables Beatles. Chaque étape de leur courte carrière est prétexte à l'exhumation, la dissection, l'exégèse. Un travail de mémoire où le cinéma n'est pas en reste puisque des récents documentaires ont fait revivre leurs dantesques tournées (Eight Days a Week), la Beatlemania qui prit d'assaut les États-Unis (Beatles '64) ou la mise sur cire de Let It Be, l'album qui s'avèrera leur chant du cygne (Get Back). En 2028, la légende continuera de s'écrire par le biais de la fiction, avec un projet de biopic « marvellisé » – comprendre : divisé en quatre films, soit un volet par scarabée chantant.

One to One, pour sa part, prend comme point de départ le concert éponyme donnée par John Lennon et Yoko Ono – qui sera in fine la seule performance live donnée par le chanteur au cours de sa carrière solo. Comme pour ses précédents documentaires consacrés à d'autres icônes musicales (Mick Jagger, Bob Marley, Whitney Houston), Kevin Macdonald mêle les passages médiatiques du couple de chanteurs et les copieuses archives – scènes de concert, home movies et... conversations téléphoniques ! –, mis à disposition et remastérisés par leur fils Sean. John Lennon y apparaît fidèle à sa légende : à la fois effronté et fuyant, brillant et capricieux. One to One offre aussi et surtout une place de tout premier plan à Yoko Ono, et met enfin un mot sur les torrents de boue et les noms d'oiseaux qu'elle dut essuyer après la rupture des Beatles : de la misogynie pure et simple.

Un beau travail d'exhumation et de conservation patrimoniale, qui prendrait toutefois le risque de ne s'adresser qu'à une poignée – une grosse poignée, peut-être – de fans s'il s'arrêtait là. Mais la raison d'être du film de Kevin Macdonald est ailleurs : prendre Lennon et Ono comme prétexte pour sonder toute une époque qui reprend vie sous nos yeux. Une ère de l'histoire américaine où les affrontements se cumulent sans se ressembler : conflits locaux (la révolte de la prison d'Attica) ou internationaux (le bourbier vietnamien), tentatives d'assassinats (celui du gouverneur George Wallace) et crises politiques (le Watergate, prétexte à un savoureux montage d'images de Richard Nixon, rythmé par Lennon scandant « You ain't nothing but a hound dog »)... Que peut encore l'artiste face au tumulte du monde ? Grande devient alors la tentation de faire, comme Lennon et Ono, la révolution depuis sa chambre à coucher...

One to One : John & Yoko, Kevin Macdonald & Sam Rice-Edwards, 2025.

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