They Will Kill You, claustro c'est trop
Au début, on croit à un gag : est-il possible de réaliser, en 2026, au premier degré, un film truffé d’autant de clichés, de facilités, de tics visuels (narration artificiellement chapitrée, jump scares à tout-va), vus et revus dans l’étroit carcan du cinéma d’horreur contemporain – à tel point qu’on les croirait échappés d’un sketch des Inconnus ou d’un énième Scary Movie ? Visiblement, oui : non seulement on peut, mais le cinéaste Kirill Sokolov, Russe qui signe ici son premier film américain, s’y adonne même avec une énergie certaine, dans un geste cinématographique assez puéril qui risque de laisser plus d’un spectateur sur le carreau.
Dans ce gloubi-boulga sans saveur qu’est They Will Kill You, on trouve donc, pêle-mêle : une très tarantinienne reprise de justice maniant la machette comme personne, une matrone collet monté (Patricia Arquette, peu concernée), des hectolitres de sang, un hôtel cinq étoiles, le Virgil, abritant une secte de riches immortels adorateurs de Satan, lequel prend ici les traits d’un… cochon qui parle, hélas moins mignon que Babe ou moins flippant que le héros d’une vidéo L214. De temps à autre, on sent le réalisateur et son scénariste Alex Litvak tenter de donner une queue et une tête à ce piteux bazar (« J’ai mes raisons », répond un antagoniste lorsqu’on lui demande pourquoi il aide l’héroïne, même si les raisons en question ne sont bien sûr jamais explicitées), avant d’y renoncer. Sans doute est-ce plus prudent : mieux vaut laisser les films d’horreur « à message » aux Jordan Peele de ce monde.
Virgil méga-gore
Une seule bonne idée, en fait, est à mettre au crédit de They Will Kill You : son concept en vase clos et sa progression littéralement par paliers – puisque les personnages, pour survivre, doivent ascendre chaque étage du classieux bâtiment, depuis le rez-de-chaussée jusqu’au toit, chaque plateau réservant son lot de contrariétés et d’épreuves. Une dynamique évoquant celle des niveaux de jeux vidéo ou même des films d'action un tantinet plus recommandables (Dredd, The Raid 2), et que le film échoue hélas à convertir en un séjour claustrophobe mémorable.
Personne, de fait, n’a de quoi bomber le torse suite à ce loupé qu’est They Will Kill You : ni Zazie Beetz, dont le talent entraperçu dans la formidable série Atlanta peine pour l’instant à imprimer au cinéma (témoin Deadpool 2, Joker et sa suite ou encore Bullet Train), ni Kirill Sokolov, tenancier d’un petit établissement à peine salubre dans lequel on n’est pas sûr de remettre les pieds un jour.
They Will Kill You, Kirill Sokolov, 2026. Avec : Zazie Beetz, Patricia Arquette, Paterson Joseph, Myha'la, Tom Felton.
