Les Maîtres de l'Univers, de Musclor et de patine

 


Lorsqu’il s’agit d’adapter un matériau aussi daté que Les Maîtres de l’Univers – ces jouets populaires dans les années 1980, déclinés depuis dans une palanquée de séries télé et bandes dessinées –, on peut procéder de deux façons. Première option : tenter de moderniser et rendre plus sérieux un postulat souvent risible, à coups de dialogues balourds et de personnages raides comme des piquets. Appelons ça la méthode Transformers. Deuxième option : assumer le côté kitsch de l’entreprise et en rire – en rire jaune, même, quitte à surjouer le clin d’œil avec le public, lui non plus pas dupe. C’est, si l’on veut, la méthode OSS 117, depuis déclinée dans beaucoup de blockbusters hollywoodiens basés sur des œuvres que le public (post-)moderne aurait sans doute rejeté au premier degré : 21, Jump Street, Chips, Donjons et Dragons...

Ce modus operandi, c’est aussi celui adopté par Les Maîtres de l’Univers édition 2026. La seconde tentative de relancer la machine sur grand écran, après l’immémorable film de 1987 porté par Dolph Lundgren – qui apparaît dans cette nouvelle mouture le temps d’un caméo lourdingue. Ce qui a changé en quatre décennies est, ici comme ailleurs, le ton : plus question de prendre au sérieux les fadaises pseudo-mythologiques de la planète Eternia, monde médiévalo-futuriste ; on est désormais priés de se poiler. Tous les personnages sont donc revus et corrigés, dans un registre plus proche du joyeux déboulonnage façon Mel Brooks que de l’iconisation à la Ridley Scott : le méchant Skeletor (Jared Leto, caché derrière un masque et méconnaissable vocalement) est un cabotin qui s’écoute parler, le maître d’armes jadis vaillant (Idris Elba) est un vrai pochetron, le tigre de combat a peur de son ombre, etc. Cette volonté de dépoussiérage par le rire culmine avec le personnage principal : Adam / Musclor (Nicholas Galitzine, jusqu’ici cantonné aux comédies romantiques) était hier un valeureux butor qui devient ici un jeune type lambda de 2026 – bloqué (sur Terre) dans un boulot qu’il déteste, où il est pris en étau entre des collègues pénibles et un management faussement bienveillant, il se pose aussi de sérieuses questions sur sa masculinité et peine à exister aux yeux de celle qu’il aime.

Cette volonté de mettre un coup de peinture fraîche trouve pourtant rapidement ses limites : à privilégier la rigolade et le second degré, Les Maîtres de l’Univers ne parvient jamais vraiment à nous faire prendre ses enjeux au sérieux. Chaque théâtre de bataille, chaque scène potentiellement poignante, en fait tout ce qui pourrait nous faire frissonner est dégoupillé par une pirouette ou un bon mot. Pis encore, en optant pour un tel ton, Musclor et ses collègues deviennent quasiment indifférenciables de tous les super-héros aux costumes chamarrés qui envahissent nos écrans depuis près de deux décennies, qu’il s’agisse des machines à punchlines des longs-métrages Marvel (Iron Man, Captain America et consorts) ou tous ceux qui ont tenté de répliquer leur succès. Même écueil pour cette tendance à regarder dans le rétro pour donner au tout une patine visuelle et musicale : la BO a recours à Queen, 4 Non Blondes et The Cure, dont le Boys Don’t Cry sert quasiment de note d’intention au film. Quand tous les films sont « décalés » en même temps, plus personne ne l’est réellement, et l’ironie dont ces œuvres sont nimbées devient la nouvelle norme à laquelle se conformer. Un travail d’uniformisation massive qui se fait avec l’assentiment de la critique (en tout cas américaine) et du public, qui se jette toujours sur ce genre de produits formatés avec ardeur. Blockbusters, encore un effort si vous voulez être originaux !

Les Maîtres de l'Univers (Masters of the Universe), Travis Knight, 2026. Avec : Nicholas Galitzine, Camila Mendes, Idris Elba, Jared Leto, Alison Brie.

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