28 ans plus tard : Le Temple des Morts, le trip et la foi
Étrange destinée qu’est celle de la saga 28 : laissée au frigidaire durant deux décennies après deux films à la réputation des plus flatteuses (pas totalement justifiée), elle revenait à la vie l’an dernier avec 28 ans plus tard. Un opus halluciné où l’impayable Danny Boyle et son compère scénariste Alex Garland faisait un grand bond dans le temps et proposait une fable gore et soluble dans de nombreuses thématiques récentes (le Brexit, la pandémie de Covid). Le Temple des Morts, pour sa part, met un coup d’arrêt à cette narration en ellipses et reprend là où son prédécesseur nous avait laissé : au plus près de Spike, pauvre gamin orphelin pris en étau entre un ex-médecin illuminé (Ralph Fiennes, qui s’amuse comme un petit fou) et une bande de voyous satanistes et emperruqués – oui, ça fait beaucoup – guidés par le grimaçant Jimmy Crystal (Jack O’Connell, dans un registre assez proche de son récent rôle dans Sinners).
Le hic : en banalisant cette situation de fin du monde qui sidérait jusqu’ici ses personnages – et, dans le même geste, son public –, la franchise 28 ans plus tard ressemble à s’y méprendre à tous ses congénères qui ont chassé sur les mêmes terres postapocalyptiques : Sans un bruit, Dernier train pour Busan et sa suite Peninsula, voire La Planète des Singes. Seuls péchés mignons qui les distinguent du tout-venant : un certain goût pour le torture porn que n’aurait pas renié l’Eli Roth de la première période et, loin de là, une tendance à intellectualiser à la limite de l'abscons son propos. La marque de fabrique d’Alex Garland, déjà auteur de films de genre « à thèse » sur l’intelligence artificielle (Ex Machina), la masculinité toxique (Men) ou le journalisme en temps de guerre (Civil War), et qui donne ici le prétexte à de longs affrontements rhétoriques entre les tenants de la foi et ceux de la science, tous persuadés de détenir la vérité sur l’origine de cette épidémie zombiesque. D'ailleurs, au cas où l’on n’aurait pas compris que c’est bien là le vrai sujet du film, le méchant de service finit crucifié – mais la tête en bas, en bon adorateur du diable qu’il est.
Nouvelle venue dans le fauteuil de la réalisatrice, Nia DaCosta fait le job, mais, là encore, peine à imprimer sa marque sur un genre qui constitue à présent le pain hollywoodien quotidien. Remettre dix balles dans la machine de marques connues et à bout de souffle : c’est justement ainsi que DaCosta a construit une bonne moitié de sa carrière jusqu’ici, entre le remake « gentrifié » de Candyman et l’oubliable et oublié The Marvels. Les rares moments vraiment mémorables du Temple des Morts sont d’ailleurs les plus boyliens, ceux qui n’auraient pas dépareillé chez le cinéaste de Trainspotting ou 127 heures – comme cette scène où un vieux tourne-disque crachote les tubes aseptisés de Duran Duran alors qu’à l’écran apparaissent des mausolées construits en ossements. Une certaine idée du cinéma comme trip délirant à laquelle cette franchise semble croire de moins en moins. Témoin cette résolution téléphonée (on fait revenir l’oscarisé Cillian Murphy, héros du premier film) qui pave idéalement la voie à un prochain volet, dont on attend honnêtement assez peu – si ce n’est qu'il rentre définitivement dans les rangs serrés du blockbuster contemporain.
28 ans plus tard : Le Temple des Morts (28 years later: The Bone Temple), Nia DaCosta, 2026. Avec : Alfie Williams, Ralph Fiennes, Jack O'Connell, Erin Kellyman, Cillian Murphy.
