Crime 101, le braquo ivre

 


Est-ce la nostalgie de Heat, référence quasiment indépassable du thriller depuis trois décennies ? La hâte de voir débarquer la suite que Michael Mann donnera lui-même à son film-culte – séquelle pas encore tournée mais déjà sur de bons rails ? Qu’elle qu’en soit la raison, on a droit, à intervalles réguliers, à un film de braquage situé sous le ciel californien, qui s’inspire largement du cinéma de Mann, dont des tâcherons singent le style sans en retrouver le génie. A cet exercice casse-gueule, nombre s’y sont essayés et, pour citer deux comiques d’un autre temps, « ils ont eu des problèmes » : il suffit de voir Triple 9 (2016) ou Criminal Squad (2018), pour s’en convaincre.

Car, quand bien même le cinéaste Bart Layton transposerait un court roman de Don Winslow (auteur déjà adapté au cinéma dans Savages d’Oliver Stone), il n’avait manifestement d'yeux que pour Michael Mann, auquel il pique tout. Mais vraiment tout : les acteurs (Chris Hemsworth, Mark Ruffalo), les scènes de braquage planifiées et exécutées au scalpel, le décor angeleno entre chien et loup, le face-à-face dans l’habitacle d’une voiture… Pour se dégluer de références aussi encombrantes, il aurait au moins fallu à Crime 101 des acteurs habités, capables d’insuffler un peu de vie à des personnages redoutablement stéréotypés (Hemsworth en énième loup solitaire taciturne et melvillien qui cache en fait un cœur gros comme ça ; Ruffalo, à qui on a visiblement demandé de rejouer son flic lessivé de la série Task ; Barry Keoghan en jeune chien fou proche de ceux que jouaient Mel Gibson ou Jeremy Renner jadis) quand il ne sont pas inexistants (Halle Berry, sous-exploitée comme presque toujours).

Ici et là, on trouve quand même, dans des recoins que le film n’explore pas, tout une faune qui aurait fourni de quoi faire un joli western contemporain : les milliardaires aux rêves d’impunité, les troubles revendeurs de diamants, les sans-abris par milliers que la municipalité ne sait plus où parquer… Hélas, il n’y a rien de tout cela dans Crime 101, qui illustre à son corps défendant sa petite morale finale sur les gendarmes et les voleurs : voler – y compris les idées de cinéastes plus talentueux que soi –, c’est mal et ça ne mène pas bien loin.

Crime 101, Bart Layton, 2026. Avec : Chris Hemsworth, Mark Ruffalo, Halle Berry, Barry Keoghan, Monica Barbaro.

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