La Fin d'Oak Street, dinos risibles

 


Nous sommes en 2026, et les années 1980, avec leurs signes distinctifs et leur imagerie, sont toujours dotées d’une puissance d’attraction qui ne se dément pas, en tout cas au cinéma. Hommage sincère de cinéastes qui ont grandi au cours de cette décennie, ou pur opportunisme de la part d’une industrie en perte de repères, qui cherche à tout prix à recréer le dernier âge d’or (fantasmé) du cinéma populaire ? Probablement un peu des deux. Après J.J. Abrams (qui officie d’ailleurs ici en tant que producteur), Travis Knight, Jared Hess, les frères Duffer ou plus récemment Mike Flanagan, David Robert Mitchell prend donc sa carte au club des disciples plus ou moins inspirés du cinéma américain des eighties, tendance Amblin et pop-corn.

Le décor planté par La Fin d’Oak Street et le déroulé de son scénario jouent en effet à fond la carte référentielle : comme chez Spielberg, on y croise une famille déchirée aux enfants plus malins que la moyenne, des dinosaures par pleines brouettes et même jusqu’à ce que le professeur Ian Malcolm aurait appelé « one big pile of shit ». Comme chez Zemeckis, on y trouve des voyages spatio-temporels et des trous de vers résumés par des concepts aussi simples que visuels – rien à voir, ici, avec les verbeuses explications scientifiques d’un film de Christopher Nolan. Et, comme chez Joe Dante période Les Banlieusards, La Fin d’Oak Street tout entier tourne autour d’une poignée de voisins acculés au fond d’une impasse pavillonnaire – d’où le titre – et sommés de s’unir lorsque l’étrangeté vient perturber leur quotidien cossu.

Il serait tentant d’accuser David Robert Mitchell de facilité, voire de cynisme, et d’avoir rejoint la légion susnommée d’auteurs nostalgiques après des années passées dans la nasse du development hell (il n’avait rien sorti depuis 2018). Mais ce serait mal connaître le bonhomme, et l’habitude qu’il a de jongler avec les figures imposées et les clichés de celluloïd, film après film : The Myth of the American Sleepover ressuscitait le teen movie élégiaque façon John Hughes, It Follows partait d’un postulat à la Wes Craven pour aller vers quelque chose de plus métaphorique, tandis que le script méandreux et la Los Angeles hallucinée d’Under the Silver Lake en faisait une relecture contemporaine de Mulholland Drive. Jouer avec des effets et des trucs usés jusqu’à la corde pour tenter d’en tirer encore un peu de surprise et d’émotion : tel pourrait être le credo du cinéma post-post-moderne de David Robert Mitchell. En cela, il constitue sans doute une version moins braillarde de David Leitch ou, c’est selon, une version plus arty du duo Phil Lord-Christopher Miller.

Sauf que, ici, on ne dépasse vraiment jamais vraiment l’hommage poli et révérencieux à un cinéma vieux de quatre décennies, dont même les principaux artisans se sont défaits pour mieux mûrir. On a presque l’impression d’un film réalisé en collage, avec d’une part des humains paumés et vaguement concernés (le manque d’alchimie entre Ewan McGregor et Anne Hathaway n’arrange rien à l’affaire) et, d’autre part, des créatures féroces et numériques vagabondant ou bon leur semble, sans que les uns et les autres n’interagissent jamais vraiment. Difficile de retrouver la patte de David Robert Mitchell dans ce produit anonyme et sans supplément d’âme, bien que le succès modeste du film le remettra peut-être sur de plus inspirants rails. Espérons simplement qu’on n’aura pas à attendre encore huit ans pour ça.

La Fin d'Oak Street (The End of Oak Street), David Robert Mitchell, 2026. Avec : Ewan McGregor, Anne Hathaway, Maisy Stella, Christian Convery, Jordan Alexa Davis.

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