Mayday, pour qui sonne la Glasnost


On le croyait disparu pour de bon, rangé définitivement au fond d’un vieux cafoutche, mais non : le buddy movie, genre historiquement populaire et lucratif des années 1980 et 1990, a visiblement encore quelques cartouches à tirer. En tout cas sur Netflix, Amazon ou autres plateformes sur lesquelles ont été diffusés les derniers avatars du genre comme Bright ou Team Démolition ; logique, après tout, que ce canal de diffusion, dont le modèle commercial est de proposer des œuvres tournées souvent vite et pour des budgets modestes, capitalise sur des tendances vieilles de trois ou quatre décennies. Diffusé pour sa part sur Apple TV, Mayday ne cherche pas vraiment à réinventer la roue, plutôt à faire faire à ladite roue un tour de plus. Comme dans tout buddy movie qui se respecte, il place en son cœur un duo mal assorti : un pilote d’avion écrasé en URSS et un ancien agent du KGB qui ne rêve que de passer à l’ennemi, et accessoirement de goûter les délices qu’ont à offrir les restaurants McDonald’s qui peuplent ce pays supposément béni que sont les USA. URSS ? Passer à l’ennemi ? Oui, car Mayday pousse l’hommage aux cinéma d'hier jusqu’à situer son histoire en 1987, en pleine période de Glasnost et de Perestroïka.

Les principales forces créatives derrière le film sont d’ailleurs connus pour avoir l’œil dans le rétro : John Francis Daley et Jonathan Goldstein avaient déjà ressuscité en 2015 Bonjour les vacances, saga culte des années Reagan, avant de signer le sympathique Donjons et Dragons : L'Honneur des voleurs, film d’heroic fantasy familial comme les studios n’en produisent presque plus. Ryan Reynolds, l’acteur principal, s’est, lui, spécialisé dans ce genre de spectacles nostalgiques et régressifs, avec des films comme Free Guy ou Adam à travers le temps. Même le postulat du film, où des Américains forcément patriotes découvrent, l’eussiez-vous cru, que les Russes aussi sont eux aussi des êtres de chair et d’os, habités par les mêmes sentiments et les mêmes passions que tout un chacun, rappelle tout un pan du cinéma hollywoodien pré-chute du bloc communiste – Gorky Park, Double Détente... – humanisant lui aussi les Soviétiques. Si le « club des disciples plus ou moins inspirés du cinéma américain des eighties » dont on parlait récemment existait vraiment, Daley, Goldstein et Reynolds en seraient les présidents.

Après avoir cité tant de titres de films, difficile de prétendre que Mayday est d’une originalité folle. Certes. Il n’est pourtant pas sans charmes, dont celui de voir Kenneth Branagh – à qui Reynolds, pas chiche, laisse le beau rôle du clown blanc, se gardant celui, plus convenu, de l’auguste – dans la peau d’un ancien espion russe, Nikolai Ustinov, dont les illusions personnelles se sont évanouies en même temps que celles de la révolution d’Octobre. Loin des caricatures de butors glaciaux qui peuplent habituellement ce genre de films, Ustinov est un personnage tout en onctuosité, qui va comme un gant au truculent Branagh. L’accent avec lequel s’exprime l’acteur – bien plus crédible que ses inflexions très Maurice Chevalier dans la saga Hercule Poirot – est à cette image : subtile.

Surtout, et sans aller jusqu’à politiser un film qui n’en mérite sans doute pas tant, on est agréablement surpris de voir le monde dépeint par Mayday. Un monde où une poignée de personnages différents et parfois même antagonistes sont capables de regarder dans la même direction et de travailler de concert pour se serrer les coudes et se tirer vers le haut – sans angélisme mais sans fatalisme non plus. Une vision des rapports humains et géopolitiques quasiment subversive à l’heure où persécuter et faire disparaître, de gré ou de force, toute figure d’altérité semble être l’unique horizon politique de l’actuel gouvernement américain. Car comme on dit dans la chaîne de fast-food dont rêvent tant les Soviets et où prend place la conclusion de Mayday : « venez comme vous êtes. »

Mayday, 2026, John Francis Daley & Jonathan Goldstein. Avec : Ryan Reynolds, Kenneth Branagh, Marcin Dorociński, Maria Bakalova, David Morse.

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