Predator: Badlands, que ma proie demeure
Predator et à travers. Avouons-le : il y a encore trois ans, on aurait donné pour morte et enterrée cette saga, vu la nullité relative de Predators (2010) et celle, absolue, de The Predator (2018). Sauf que : entretemps, la franchise a été rachetée par le studio Disney, qui a remis l’ouvrage sur le métier sans perdre de temps, avec déjà trois films en quatre ans. Pour le dire crûment : de jour comme de nuit, Mickey et ses amis ne pensent qu’à se faire des pépettes, et l’univers Predator, vaste terrain de jeu narratif, leur permet précisément d’en gagner beaucoup sans trop se fouler. De fait, depuis son redémarrage en 2022 avec Prey, cette saga tient avant tout de l’anthologie de longs-métrages variés sur le fond (situés dans le passé lointain ou l’avenir proche) comme sur la forme (live action ou animation), ayant pour seul fil conducteur les divers représentants de la fameuse espèce de « prédateurs ».
Predator: Badlands va même plus loin que tous les films précédents en faisant de la bête éponyme le personnage principal. Plus seulement réduit à la simple présence menaçante et sanguinaire, on lui donne ici un patronyme (Dek), on appelle son ethnie par son nom « autochtone » (les Yautja) et on lui confie une mission (détruire un monstre géant et, au passage, donner tort à son père qui ne voit en lui qu’un morveux irresponsable). Bref, on l’humanise, on l’épaissit, on inverse la perspective de ce qui était montré jusqu’ici – retournement usuel depuis, disons, Terminator 2 et ces jours-ci très tendance (voir aussi, entre autres, Wicked, Le Roi Lion : Mufasa, Transformers : Le Commencement…). Histoire de rigoler un peu, on adjoint aussi à ce Dek une cyborg gynoïde tchatcheuse et rigolote (Elle Fanning, dans un grand écart avec son récent rôle dans Valeur sentimentale), sans oublier un alien mignon tout plein rencontré en cours de route. Que faire une fois qu’on a réuni ce tout petit monde ? Le transbahuter de quête en quête sur une planète chamarrée et exotique, peuplée d’aliens visqueux et d’androïdes malintentionnés, dans une logique d’émerveillement – qui fonctionne ici à plein – à laquelle bien des récits de science-fiction carburent depuis au moins Le Monde perdu (1912) d’Arthur Conan Doyle.
D'étendues désertiques en forêts luxuriantes, de cliniques salles d’opération en vaisseaux spéciaux, ce Predator évoque même à la fois – c’est sans doute volontaire – Blade Runner, Terminator et Avatar. Une impression ridleyscotto-cameronienne sans doute renforcée par le fait que, comme Alien: Romulus l’an passé, le film multiplie les clins d’œil (lourdingues) aux plus riches heures de la saga Alien, avec laquelle Predator a officiellement convolé il y a deux décennies. Il n’empêche : vu l’historique cahoteux et chaotique de la franchise en présence, Badlands s’impose sans crier gare comme l’un de ses meilleurs volets. Vu cette réussite certaine et le succès déjà honorable rencontré en salles, peu de chances que Disney siffle la fin de partie (de chasse). Même le héros du tout premier volet et ex-gouverneur de Californie – un certain Arnold S. – réfléchirait sérieusement à faire son retour dans cette saga ressuscitée.
Predator: Badlands, Dan Trachtenberg, 2025. Avec : Elle Fanning, Dimitrius Schuster-Koloamatangi.
