Anaconda, nous n'irons plus au boa
Question hollywoodienne existentielle : que faire quand vous retrouvez au fond d’un tiroir les droits d’exploitation d’une franchise moribonde, passée en quelques années de la sympathique nanardise au franchement irregardable ? Tournez ladite franchise en dérision, pardi !, nous répond 2025. Après Un talent en or massif – qui voyait le « vrai » Nicolas Cage jouer les espions en herbe pour coincer un narcotrafiquant féru de Volte/Face et de Family Man –, le cinéaste Tom Gormican poursuit son périple sur les terres de l’ironie cinéphilique avec ce quartet de quadras dépressifs entreprenant de tourner un remake, pardon, une « suite spirituelle », de ce chef-d’œuvre intemporel qu’est l’Anaconda originel (Luis Llosa, 1997).
Rien de bien nouveau sous le soleil amazonien, évidemment : depuis une bonne décennie et 21, Jump Street (2012) on sait que ce qu’on nomme à présent le « reboot métafictionnel », fait d’affection nostalgico-sincère et d’opportunisme cynique, constitue la phase terminale d’un cinéma accro à des marques bien connues et exsangues. Cette addiction aux films-doudous, Anaconda la brocarde gentiment, tout comme il décoche quelques flèches émoussées envers les récents films d’horreur « à thème », comme ceux d’Ari Aster ou de Robert Eggers : l’anaconda devient « une analogie sur la poursuite de nos rêves » précise le personnage de Jack Black, persuadé d’être « le Jordan Peele blanc ». Pour le reste, le film déroule le petit programme pépère de la comédie américaine « transgressive » en place depuis, disons, Very Bad Trip : une bonne dose d’humour en dessous de la ceinture, pas mal de substances stupéfiantes, quelques apparitions gratuites de célébrités hollywoodiennes qui s’auto-parodient. Le tout saupoudré de blagues tellement datées qu’elles sentaient déjà la naphtaline à l’époque du film de Llosa.
Reste l’alchimie des interprètes, qu'on devine plus qu'on la constate, tant elle desservie par un scénario lamentable : Jack Black (nouveau saint patron du cinéma exotique et neuneu, après les deux Jumanji et Minecraft), Paul Rudd, Thandiwe Newton et Steve Zahn – grâce à qui aucun film n’est jamais totalement mauvais –, sans oublier le régional de l’étape et l’arme comique secrète du film : Selton Mello, bien loin de son rôle dans Je suis toujours là. A propos des films ratés, le célèbre critique américain Gene Siskel aimait se poser la question : « Ce film est-il plus intéressant qu’un documentaire montrant les mêmes acteurs en train de déjeuner ? » Ici, aucun doute : on aurait préféré d’assez loin la pause-déj’ de cette jolie brochette à cet Anaconda sans crocs.
Anaconda, Tom Gormican, 2025. Avec : Jack Black, Paul Rudd, Thandiwe Newton, Steve Zahn, Selton Mello.
