The Penguin Lessons nous laisse de glace
Trésor national dans sa perfide Albion natale, le grand Steve Coogan n’est connu de ce côté-ci de la Manche que pour une poignée de rôles, qu’on peut rassembler en deux registres distincts. Dans le premier, il joue le Briton de service, vilain ou farceur dont la rouerie n’a d’égale que le raffinement ; dans des longs-métrages comme Very Bad Cops, Joker : Folie à deux ou encore les trois Nuit au musée, où il forme un duo à la Laurel et Hardy avec Owen Wilson. Deuxième registre : les dramédies de Stephen Frears (Philomena, The Lost King), où Coogan joue les clowns blancs face aux augustes interprétés par des actrices talentueuses (Judi Dench, Sally Hawkins). A part ça, le reste de la très recommandable carrière de Steve Coogan est encore à découvrir – en tête duquel l’odieux présentateur télé Alan Patridge aux aventures déclinées dans cinq séries télé, ou encore The Trip, mockumentaire qui voit Coogan et son partner in crime Rob Brydon sillonner les routes européennes en quête de bons restos et de tours pendables.
Mieux vaut donc fouiller dans la filmographie passée de Coogan pour découvrir de quoi il est vraiment capable, plutôt que de se fader ces soporifiques Penguin Lessons. Un film qui tente de marier deux genres a priori difficilement réconciliables, et visiblement voués à le rester ; la comédie animalière d’une part, le « film de dortoir » de l’autre. A la première, The Penguin Lessons emprunte tous ces gags maintes fois revus commis par un animal très kawaii : il colle aux basques de son nouveau propriétaire – un prof désabusé exilé malgré lui en Argentine –, vole là où bon lui semble, défèque partout où il passe. Du second genre, dont les avatars les plus fameux sont Le Cercle des poètes disparus ou Winter Break, le film reprend une certaine idée de la bienveillance comme programme scolaire à part entière – ici comme ailleurs, l’acariâtre prof susnommé apprend à s’ouvrir en compagnie de ses élèves qui auront, comme par hasard, plein de choses à lui apprendre à lui aussi.
Reste l’éléphant dans la pièce, le sujet encombrant que, comme son protagoniste, le film tente d’éviter avant de s’y attaquer maladroitement : la dictature militaire qui a sévi durant une noire décennie en Argentine. En fermant les yeux et en repensant à ses leçons d’histoire de jadis, on pourra peut-être se souvenir de la junte militaire nostalgique du IIIe Reich qui tenait le pays sous sa coupe et de la fragile opposition de gauche qui lui résistait cahin-caha. Mieux vaut, en tout cas, ne pas compter sur The Penguin Lessons pour nous rafraîchir la mémoire. Dommage : à l’heure où l’extrême-droite la plus décomplexée revient en force, par la voie des urnes, en Amérique du Sud – sans même parler du reste du monde, Vieille Europe incluse –, il y avait quelques leçons, justement, à tirer, et quelques avertissements à transmettre, à toutes fins utiles… Taulier du feel good movie à l’anglaise (The Full Monty, The Singing Club), Peter Cattaneo préfère gommer tout ce qui pourrait gratter aux entournures et fait le plein d’une denrée avec laquelle il est difficile de faire du grand cinéma : les bons sentiments.
The Penguin Lessons, Peter Cattaneo, 2024. Avec : Steve Coogan, Vivian El Jaber, Björn Gustafsson, David Herrero, Jonathan Pryce.
